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Before we all congratulate Switzerland on their great planning, here is a counter-point article from 3 days ago painting a very different picture. The link to the article in question:
https://www.lemonde.fr/international/article/2022/09/23/en-s... With a copy of the text (in French) as it's behind a paywall. Deepl should do a decent enough job to translate it to English. INTERNATIONAL En Suisse, l’angoisse énergétique tourne à la crise de nerfs
Dépendant de ses voisins allemand et français pour assurer une partie de son approvisionnement électrique en hiver, le petit pays alpin découvre, mais un peu tard, qu’il n’a pas assez investi dans les énergies renouvelables.
Par Serge Enderlin (Genève, correspondance) LETTRE DE GENÈVE Felix Suhner est le patron de l’hôtel-restaurant Bad Bubendorf dans la localité homonyme, un village à une vingtaine de kilomètres au sud de Bâle. De lui, on peut dire qu’il a à la fois la tête sur les épaules et pas froid aux yeux. Depuis la semaine dernière, il n’ajoute rien moins que 5 % à toutes les additions. Le motif ? Une « contribution aux frais d’énergie », en forte augmentation dans la Confédération suisse comme partout ailleurs en Europe. Dans un pays où il n’est pas rare qu’un simple café coûte près de 5 euros dans des endroits parfaitement anodins, cette hausse inédite n’est pas passée inaperçue. Conscient de la moue de ses clients, Felix Suhner plaide la transparence : « J’indique clairement et systématiquement cette charge séparément sur chaque quittance. Sans cela, je ne pourrais pas rester rentable. » L’association suisse des restaurateurs, GastroSuisse, a pris une position très helvétique : elle n’encourage pas la démarche, mais ne la condamne pas non plus. L’anecdote est en tout cas révélatrice du climat délétère qui s’est installé en Suisse depuis deux mois, où la peur de manquer d’énergie tourne à l’obsession. Lenteurs helvétiques
Le pays alpin pourrait en effet vivre cet hiver ses premières coupures de courant depuis la seconde guerre mondiale. Une perspective qui crispe la classe politique et le gouvernement fédéral, contraint d’affronter une seconde crise majeure après celle liée au Covid-19 au cours de laquelle il n’avait guère brillé. « Quand la pandémie a surgi, l’Office fédéral de la santé [le ministère] fut d’abord incapable d’estimer le nombre de cas : les données, tardives et incomplètes, étaient parfois communiquées… par fax. Rebelote avec la crise électrique annoncée : le gestionnaire du réseau, Swissgrid, publie les chiffres de consommation globale avec plusieurs mois de décalage ! », dénonce un éditorialiste. De fait, il est impossible pour les ménages et les entreprises suisses de connaître avec précision leur consommation de courant en temps réel. Pour cela, il aurait fallu pouvoir compter sur des compteurs intelligents, type Linky, mais « la Suisse, véritable tiers-monde numérique, ne les a pas installés ». La Confédération ne connaît donc pas la consommation d’électricité en juin dernier en Suisse ; elle ne dispose de données fiables que jusqu’en mai. Or, ce n’est que sur la base de chiffres actuels que l’on peut décider si les efforts d’économies entrepris sont suffisants ou si des restrictions, des interdictions ou, dans le pire des cas, des contingentements sont nécessaires. La situation est encore pire pour la consommation de gaz : Berne ne reçoit les données qu’une fois par an. « S’il fait froid cet hiver, ce sera très serré », a confirmé, mercredi 21 septembre, Bastian Schwark dans le Neue Zürcher Zeitung. L’homme a été nommé manageur de la crise énergétique par la Confédération. Et que fait le gouvernement pour anticiper la pénurie annoncée ? Comme durant la pandémie, il met sur pied une task force, dont le rôle consistera d’abord à consulter les cantons, fédéralisme oblige. Ce mécanisme hautement démocratique, qui est l’une des forces de la Suisse (où citoyens et collectivités publiques sont écoutés en permanence), devient un lourd handicap quand les nuages s’amoncellent et qu’il faut réagir vite. La Suisse, dit le proverbe, n’est pas taillée pour le gros temps. Comment en est-on arrivé là dans un pays dont les deux tiers du territoire sont recouverts de montagnes, qui abritent plusieurs dizaines de gros barrages et des réseaux d’adduction d’eau vertigineux pour alimenter les lacs de retenue en altitude ? D’abord, l’hydroélectricité ne couvre que la moitié des besoins. Ensuite, la Suisse ne compte plus qu’une poignée de réacteurs nucléaires depuis qu’elle a décidé de quitter l’atome au lendemain de l’accident de Fukushima, en 2011 – même s’il est désormais question, comme en Allemagne, de « sortir de la sortie du nucléaire ». Enfin, elle n’a jamais su, ou pu, prendre le virage des énergies renouvelables, notamment en raison du droit d’opposition des citoyens, favorisé par la démocratie directe. A titre de comparaison, on ne dénombre qu’une quarantaine d’éoliennes sur le territoire suisse contre près de 3 000 en Autriche, pays à la topographie et à la population presque identiques. Pour pallier ces déficiences, Berne avait toujours pu compter sur ses voisins français et allemand en important de l’électricité pendant la saison froide et les pics de consommation. Les centrales nucléaires de l’Hexagone, les dizaines de milliers d’éoliennes et les centrales à gaz allemandes fournissaient en courant excédentaire ce qui faisait défaut dans la production suisse. Mais, pour la première fois, il n’est pas certain que la France et l’Allemagne disposent d’excédents ces prochains mois. Côté français, le parc nucléaire est en difficulté. Et côté allemand, l’incertitude sur les livraisons du russe Gazprom annonce une saison froide, où toutes les capacités disponibles seront réservées en priorité à la consommation nationale. Pour préparer la population suisse à l’hiver de tous les dangers, le Conseil fédéral s’en remettra, comme souvent, au bon sens de ses citoyens. Qui devront économiser l’énergie, quitte à être infantilisés. Fin août, le gouvernement a lancé une grande campagne de communication à 10 millions de francs suisses (10,5 millions d’euros). Pleines pages d’annonces dans la presse nationale, affiches dans les rues, numéro vert et un site, Stop-gaspillage, sur le thème « L’énergie est limitée. Ne la gaspillons pas. » Parmi les perles : « Le fait de s’habiller chaudement plutôt que de monter le chauffage est recommandé. » Ou encore : « Toute lumière allumée dans une pièce vide gaspille inutilement de l’énergie : il faut toujours penser à éteindre les lampes lorsqu’on quitte une pièce. » Lapalissades ridicules ? Sans doute, mais c’est aussi un moyen pour l’Etat de se dédouaner par avance des reproches qu’on ne manquera pas de lui adresser quand les factures des consommateurs exploseront. Fidèle au dogme libéral du pays, il n’interviendra pas pour les aider. |